Kabila, version Commandant…Enfin !

KABILAL’opportunité : 3/10
Après s’être fait damer les pions sur le plan de la communication d’abord par Kobler puis par Zuma, Joseph Kabila s’est fendu d’une sortie médiatique costaude ce 30 octobre 2013. Si le timing laisse à désirer (et l’effet sur la population, sans doute), le ton et le fond du message sont désormais offensifs : Il menace les groupes armés locaux et étranger (pour la première fois il donne une INJONCTION)…mais ménage le Rwanda et l’Ouganda.

Communication 4/10

Dans une tenue bleue foncée (couleur profondément liée au rêve, à la sagesse et à la sérénité), dans son style habituel (très solennel), Kabila a choisi une adresse officielle à la nation plutôt qu’une conférence de presse, un choix pour le moins « étonnant » quand on sait que le président n’est pas un fin orateur et que ce discours ci n’est pas le meilleur du « Raïs ».

Le fond 6/10

  • Il rappelle les derniers jours des combats (pas un scoop)
  • Il fait un coucou aux concertateurs (affirmant qu’une des recommandations vient d’être réalisée)
  • Il menace les groupes armés dont les éléments ne se seront pas démobilisés volontairement
  • Il met en demeure les FDLR, ADF-NALU, LRA et FNL (faute d’obtempérer à cette INJONCTION, ces groupes armés s’exposent à une opération de désarmement forcé aussi vigoureuse que celle en cours.
  • Par ailleurs ( et il fallait s’y attendre), il tient « à redire » que la voie royale pour la paix et la stabilité dans la région réside dans la mise en ouvre, effective et de bonne foi, de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, ainsi que de la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.
  • Il s’est une fois de plus positionné comme artisan de la paix (le mot revient six fois dans un discours de huit paragraphes) et apôtre de la cohésion nationale, son nouveau bébé conceptuel.

Les non-dits

  • Il a évité d’évoquer les négociations de Kampala se contentant de réaffirmer son attachement aux axes de sa stratégie (militaire, diplomatique et politique)
  • Il a ignoré le sort politique des dirigeants du M23
  • Il a évité de déclarer la fin de la guerre (avec raison)
  • Il a ignoré le sort des ses officiers soupconnés de collaboration avec le M23 et le Rwanda.
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Jacob Zuma à Kinshasa : « Enough is enough » ou la dorure de la pilule

Zuma - DRC State VisitTout le monde sait qu’il ne faut pas plus pour emballer le Palais du Peuple. Sarkozy, Hollande, Guillaume Soro (la liste est très longue) ont tous provoqué des slaves d’applaus à leur passage à l’hémicycle. Le triomphe de Zuma n’est donc point étonnant.  D’ailleurs, le populisme et le talent oratoire de ce courageux autodidacte, qui a appris à lire et à écrire en prison, sont connus de tous. Outre le timing parfait (opportunité, opportunisme ?) de cette sortie diplomatico-économico médiatique, le « Enough is enough » a emballé les applaudisseurs du Palais du peuple et marquera les esprits. La formule est simple :

  • Il hausse le ton et menace (le M23 et le Rwanda, sans citer ce dernier)
  • il fait vibrer la corde sensible (nombre des morts et déplacés)
  • il touche au symbole (citant Patrice Emery Lumumba qui avait donné sa vie pour la cause de la libération de toute l’Afrique, à travers  son combat pour la libération du Congo)
  • il positionne son pays comme acteur international important dans la crise congolaise (après avoir rappelé Sun City, il a justifié la présence des militaires sud-africains dans la brigade spéciale d’intervention, aux cotés de la MONUSCO et des soldats congolais, en vue de mettre définitivement fin à la souffrance dont sont victimes les populations de cette partie du pays
  • il s’aligne comme allié inconditionnel de Kabila (en saluant « les avancées démocratiques » enregistrées par la RDC depuis les premières élections « démocratiques »  de 2006
  • il caresse Kabila dans le sens des poils (en louant son « sens » de leadership en organisant les concertations nationales en vue de renforcer le sens de la cohésion nationale au sein du peuple congolais.
  • il reste dans la droite ligne du discours de la communauté internationale (en félicitant Kabila  d’avoir mis en place un mécanisme permettant de respecter les principes de l’accord-cadre pour la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs, signé à Addis-Abeba, en Ethiopie ainsi que de la volonté manifestée en vue de l’aboutissement des pourparlers de Kampala avec les rebelles du M23.
  • Enfin, il annonce Inga III et la célébration l’année prochaine à Kinshasa, du 10ème anniversaire de la grande commission mixte RDC-RSA, qui va coïncider avec le 20ème anniversaire de la démocratie en Afrique du Sud.

Un discours bien préparé, savamment dosé, la dorure qui fait passer la pilule parce qu’après personne n’ose fouiner son né dans les détails « économiques » de cette visite. Personne n’ose comparer la RSA à la Chine, dans leurs rapports économiques avec le Congo de Kabila. Pendant ce temps, la RSA s’est engagée à acheter de plus de 50% de la production d’électricité d’Inga III, le principal enjeu de la visite du N°1 sudaf à Kinshasa. Là où les politiciens ne voient que le M23 (à suivre les réactions après le discours), la RSA continue de considérer la RDC comme un pion important de sa stratégie de développement et de rayonnement en Afrique et dans le monde.

Kobler, taille patron!

KOBLER

Cette photo de Kobler en plein bain des foules est vite devenue virale sur les réseaux sociaux.

Il voulait cette photo. Il la voulait parce qu’elle symbolise tout. Elle représente au mieux la posture du nouveau représentant du secrétaire général de l’ONU en RDC : Moins bureaucrate, homme de terrain (proche de la population) et surtout chef militaire. Il la voulait parce que la MONUSCO  (pas sa MONUSCO, d’ailleurs doublée de la brigade d’intervention) trainait depuis longtemps cette image de mastodonte au pied d’argile. A Kinshasa, la population était dépitée de côtoyer ces « soldats » de la paix au Marché central et dans les boutiques chinoises. Dans les Kivu, plusieurs fois, les convois de la MONUSCO ont été lapidés. «  Jusqu’à maintenant, on avait ici des casques bleus qui ont eu une certaine cohabitation avec le M23. Je suis arrivé ici il y a deux mois et demi et le M23 était là dans ce bâtiment, c’est la cohabitation. C’est la fin de la cohabitation maintenant avec les groupes rebelles », lâche t-il sur un ton de général d’armée, sur les ondes de Radio Okapi, le 28 octobre 2013, pour marquer la différence avec ses prédécesseurs et affirmer davantage sa posture de chef militaire.

Le jeu (je) de la proximité et de la responsabilité

Cet ancien directeur général de la culture et de la communication au Ministère allemand des affaires étrangères et Ambassadeur en Iraq et en Égypte a déjà gouté aux « bienfaits » de la communication en période de guerre et/ou dans les zones « tendues ». Depuis son arrivée en RDC, il joue le jeu (ou je, c’est selon) de la proximité avec la population et de la responsabilité – sa responsabilité comme patron de la MONUSCO et la responsabilité de la communauté internationale.

Un pied au Kivu, un doigt sur twitter

Alors que la twitosphère congolaise s’interroge sur le contraste de l’image d’un Kabila fêtant la cohésion nationale retrouvée (sic) à Kinshasa et d’un Kobler s’arrogeant le bain des foules villages après village, le patron de la MONUSCO prend des plus en plus de l’espace (au figuré comme au propre). Après les récents succès des FARDC sur le M23 appuyé par Kigali, c’est une fois de plus lui  qui déclare « presque » la fin de la guerre : « le M23 est quasiment fini en tant que force militaire» avant d’ajouter sur un ton ferme qu’ « Il faut maintenant rétablir l’autorité de l’Etat et le système judiciaires dans ces zones libérées », ce matin 29 octobre 2013. Conscient également des relations « difficiles » entre la coalition gouvernement- Monusco et la diaspora congolaise, Kobler a investi la twistosphère congolaise. Avec ses 1265 followers, il poste photos, informations, réactions, positions et répond aux questions même les plus improbables des twitos, pour la plupart « combattants ».  

KABILAUne fois de plus, il est étonnant de remarquer l’amateurisme avec lequel l’image du chef de l’Etat est gérée, surtout en cette période. Des millions dépensés pour les vacarmes à Kinshasa, des télévisions squattées matin et soir par des champions de la « visibilité », des boulevards jonchés par des Merci Kabila, alors qu’avec peu, ils peuvent faire plus. Ah j’avais oublié…toutes les occasions sont bonnes pour se remplir les poches, au nom de la cohésion nationale. Vous avez dit spin doctor? Lire la suite

Histoire du journalisme scientifique | Journali…

See on Scoop.itLes Ateliers de Journalisme de Kinshasa

Bienvenue dans le site Web consacré à l’histoire du journalisme scientifique. Il s’agit d’une exposition virtuelle répartie en cinq périodes historiques, de 1870 à nos jours.

Patient Ligodi‘s insight:

Excellent musée virtuel consacré à l’histoire du #journalisme scientifique.

See on www.scoop.it

Prix Nobel de la Paix : Malala ou le triomphe du lobbying, qui est tu Mukwege?

Le prix Nobel de la Paix 2013 sera décerné ce vendredi 11 octobre 2013 à Oslo.  D’après les médias occidentaux au moins de 259 candidatures ont été déposées – un record.

ImageMalala Yousafzai est donnée favorite, toujours selon les médias occidentaux. Si ce pronostic se confirme, l’adolescente pakistanaise (16 ans), blessée à la tête par les talibans pour avoir défendu le droit des filles à l‘éducation, deviendrait la plus jeune lauréate de l’histoire des Prix Nobel.

On remarquera juste que la jeune femme bénéficie d’un accompagnement médiatique très professionnel, sans doute tricoté par un lobbying puissant.

A l’origine, ce n’est pas Malala, mais son paternel. Ziauddin Yousafzai, le père de Malala, est connu pour ses prises de positions politiques. Il n’hésite d’ailleurs pas à embarquer même les membres de sa famille dont la jeune Malala. L’histoire retiendra que papa Yousafzai  a soutenu l’intervention militaire dans sa région. Enseignant et ex-directeur d’école, il a été nommé, le 10 décembre 2012, conseiller spécial des Nations unies auprès de l’envoyé spécial de l’ONU chargé de l’éducation Gordon Brown.  Et de fil en aiguille, le 12 juillet 2013, Malala s’ést vue offrir la tribune de l’ONU pour parler de l’accès à l’éducation pour les filles.

On notera aussi cette interview accordée le lundi 7 octobre à BBC, comme par hasard à une semaine du dévoilement du Prix Nobel de la Paix 2013. On n’oubliera pas la date, pour le moins bien choisie, de la sortie de son livre (mardi 08 octobre 2013), sans oublier le médiaplanning de sa sortie: Interview exclusive à BBC, extraits publiés au Sunday Times (dimanche 06 octobre 2013), etc.

Mukwege-Panzi2Pour sa part, le gynécologue congolais Denis Mukwege est également cité parmi les favoris. « Le réparateur des femmes » avait dû fuir la RDC fin 2012 après une tentative d’assassinat pour avoir aidé les femmes violées et persécutées du Nord et Sud Kivu.  Cet épisode de sa vie a été parmi le plus médiatisé et se rapproche un tout petit peu au récit de Malala. Mais le combat de Denis Mukwege n’a pas commencé par cet attentat. Depuis plus de 20 ans, loin des caméras du monde, le gynécologue a opéré près de 50 000 femmes victimes de viols. A défaut de bénéficier d’une aura médiatique spectaculaire, le combat de Mukwege est reconnu cependant par ces nombreuses pauvres femmes de région maudite de l’Est de la RDC.

Ce vendredi le prix Nobel 2013 sera connu et certainement que ce ne sera pas Mukwege, mais qu’est-ce que ce prix représente aux yeux de ces femmes ? Certainement que le bistouri et la vie qui s’en suit valent mieux qu’un Prix Nobel.